Le voyage de quelques jours aux Canaries s’achève déjà, alors qu’on a l’impression d’avoir en fait mis le pied sur… la Lune ! El Hierro, par sa nature volcanique (voir le chapitre précédent), présente une géologie engendrant des paysages uniques et simplement fascinants. Ici, une plaine où les pierres de lave s’empilent à perte de vue. Là, des plages de galets noirs émoussés par les flux et reflux de l’Atlantique. Un peu plus loin, un cône parmi les centaines que compte l’île, recouvert d’un fin gravier sur lequel quelques arbustes expriment à chaque instant leur instinct de survie.
Dans ces vastes espaces, tout est hostile. Le vent s’engouffre, déformant les arbres, leur donnant des formes que n’auraient pas renié les calligraphes japonais. La mer frappe et frappe encore, comme pour briser les rochers, et, au fil des décennies et des siècles, arrive à ses fins. La brume se fait omniprésente sur les plus hautes parties du cône principal, que ce soit parce que les falaises abruptes du nord lui bloque le chemin, ou parce qu’elle aime se lover dans les reliefs harmonieux de la face sud, emprisonnant les forêts dans un doux et humide écrin gris.
Dans cet espace inhospitalier, la faune peine à trouver sa place. Les oiseaux se posent quelques heures lors de leur longue et éreintante migration. L’océanite tempête -le nom est bien choisi- survole l’océan à la recherche de restes de poissons, ne revenant à terre que pour y nidifier. Et le lézard géant d’El Hierro, une espèce totalement endémique qui atteint les 150 cm, peine tellement à vivre que les scientifiques le crurent éteint jusqu’à ce qu’en 1975 une équipe découvre une variante de la race, qui ne dépasse plus les 70 cm, mais qui est aujourd’hui protégée.
Quant à la végétation, le sabinar, un genévrier géant, est devenu le symbole de l’île. Comme toute les plantes, il a su s’habituer à son habitat, en se pliant aux ordres du vent. Le pin des Canaries s’est lui aussi adapté, en développant une écorce plus robuste, le protégeant mieux des incendies. Et la garrigue côtière collectionne les cactus mais aussi de grandes succulentes qui, comme les premiers, sont économes en eau…
Alors, avec ces conditions, el Hierro ressemble-t-elle à l’enfer ? A vrai dire, ce serait plutôt le contraire. Cette nature tant violente lui donne un caractère unique, une force absolue. Les aborigènes, premiers habitants de l’île, l’avait nommée Eseró ou Heró, « la muraille rocheuse ». Eux aussi s’étaient adapté à cette nature hostile, en renonçant à la domestiquer, mais en tentant de la comprendre pour mieux la respecter et moins la craindre. C’est peut-être grâce à cela qu’El Hierro est arrivée à nos jours aussi vivante, aussi fascinante.

El viaje de unos días a Canarias ya ha finalizado, cuando tenemos la impresión de haber puesto un pie realmente en … ¡la Luna! El Hierro, por su naturaleza volcánica (ver el capítulo anterior), presenta una geología que genera paisajes únicos y simplemente fascinantes. Aquí, una llanura donde las piedras de lava se amontonan hasta donde alcanza la vista. Allí, playas de guijarros negros embotados por el reflujo y el flujo del Atlántico. Un poco más lejos, un cono entre los centenares de la isla, cubierto con una fina grava sobre la que unos arbustos expresan constantemente su instinto de supervivencia. En estos vastos espacios todo es hostil. El viento entra, deformando los árboles y dándoles formas que los calígrafos japoneses no habrían negado. El mar golpea y golpea de nuevo, como para romper rocas, y durante décadas y siglos se sale con la suya. La bruma es omnipresente en las partes más altas del cono principal, ya sea porque los escarpados acantilados del norte le bloquean el paso, o porque le gusta acurrucarse en los armoniosos relieves de la cara sur, aprisionando los bosques en un ambiente suave y humedo. En este espacio inhóspito, la vida silvestre lucha por encontrar su lugar. Los pájaros aterrizan durante unas horas en su larga y agotadora migración. El Storm-Petrel, el nombre es apropiado, vuela sobre el océano en busca de restos de peces, y solo regresa a tierra para anidar. Y el lagarto gigante de El Hierro, una especie totalmente endémica que alcanza los 150 cm, lucha tanto por vivir que los científicos creyeron que estaba extinto hasta que en 1975 un equipo descubrió una variante de la raza, que ya no supera los 70 cm, pero que es hoy protegido. En cuanto a la vegetación, el sabinar, un enebro gigante, se ha convertido en el símbolo de la isla. Como todas las plantas, ha sabido acostumbrarse a su hábitat, agachándose a las órdenes del viento. El pino canario también se ha adaptado, desarrollando una corteza más robusta, protegiéndola mejor de los incendios. Y el matorral costero recoge cactus pero también grandes suculentas que, como las primeras, ahorran agua …
Entonces, con estas condiciones, ¿El Hierro parece un infierno? A decir verdad, sería más bien al contrario. Esta naturaleza tan violenta le confiere un carácter único, una fuerza absoluta. Los aborígenes, los primeros habitantes de la isla, la llamaron Eseró o Heró, « la pared rocosa ». Ellos también se habían adaptado a esta naturaleza hostil, renunciando a domesticarla, pero tratando de comprenderla para respetarla mejor y temerla menos. Quizás sea gracias a esto que El Hierro ha llegado a este día tan vivo, tan fascinante.

laurent&jose
admin@findusnow.fr

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