« Si je lave pas les coquilles, ça va empester ! » Denise -appelons là Denise- s’avance à pas pressés sur la plage, son seau plein d’escargots nacrés à la main. « Je les ai pêchés il y a deux jours. Cuisinés en gratin, je vous raconte pas comme c’est bon ! »
La vision est un peu décalée : la soixantenaire, aux yeux soigneusement maquillés et aux cheveux bien brossés, se tient devant sa maison, perdue sur un bout de plage à Poingam, le bout du bout du monde, tout au nord de la Grande Terre. « J’avais tout prévu pour ma retraite », assure-t-elle avec son accent languedocien qui roule les ‘r’. « Je devais passer la moitié de l’année dans la maison que j’avais retapé à côté d’Agde, et le reste du temps, je devais aller au Maroc que j’ai visité durant des années. Et puis patatras, mon fils m’annonce qu’il est muté ici. Et qu’il voudrait bien que je le rejoigne pour m’occuper en plus des petits-enfants. »
Forcément, quitter son cabanon lui faisait de la peine. D’autant plus qu’elle l’avait reçu de son oncle. Il avait décidé de faire d’elle son unique héritière car c’était la seule de la famille avec qui il avait encore des liens. Tout le monde lui avait tourné le dos depuis qu’il avait décidé d’épouser -quel scandale- une ancienne prostituée qu’il avait racheté à son mac ! Quitter son cabanon était donc difficile. Mais franchir les 15000 kilomètres sans avoir une date de retour ne l’emballait pas forcément non plus…
« Et puis je me suis dit qu’il fallait y aller, au moins pour voir. » C’était il y a plus de quinze ans. Et aujourd’hui, Denise ne regrette nullement sa décision. « Au début, j’habitais Nouméa. Mais c’était la grande ville. Dès que j’ai pu, je me suis échappé pour venir vivre ici. » Ici, c’est une pointe de sable, avec quelques rares voisins (une dizaine en tout sur un triangle de terre de 4 km2), avec la maison flanquée d’un bungalow couvert de feuilles de palmier. Et, en guise de terrasse, une plage vierge qui donne sur le Pacifique bleu turquoise. Une piscine à l’infini en format XXXXL.
« Si je m’ennuie ici ? Pas le moins du monde. Il y a toujours des choses à faire ! » Et Denise d’expliquer qu’elle adore la pêche, au filet ou à pied, le jardinage, les balades avec ses deux chiens… « Enfin, j’en ai toujours une dizaine autour de moi : je donne à manger à ceux des voisins, alors forcément ils restent avec moi ! » Une vie rythmée par le soleil, les marées et les échanges avec les gens aux alentours : « on s’entraide sans cesse, sinon, la vie est compliquée ici. » Ainsi, ils ont décidé de cultiver chacun des plantes différentes dans le jardin, afin de se les échanger. « Moi, je fais des citrouilles, et puis j’ai aussi des mangues et plein d’autres fruits. Le voisin, qui a plus d’eau que moi, fait des tomates. Hier, il m’a aussi donné des choux. Bon, j’aime pas trop ça, je lui ai rappelé, mais on fait avec ce que l’on a ! Alors, je sens que je vais manger du chou pendant une semaine… »
Pareil pour les protéines : Denise adore la pêche. « Il y a trois jours, au filet, j’ai ramassé trois gros poissons et des crabes énormes ! », lance-t-elle avec des yeux qui roulent de gourmandise. Et s’il y en a trop, elle offre une bonne partie à un autre voisin fermier qui, en échange, lui renvoie quelques entrecôtes ou un bon poulet.
Sur son bout de paradis, Denise ne connait pas la solitude. Outre les voisins avec lesquels elle partage deux fois par semaine des parties forcément animées de tarot (« on se couche à deux heures du matin… c’est pas un problème : le lendemain, on n’a pas grand chose à faire ! »), elle accueille souvent ses petits-enfants. « Avant, je descendais souvent les voir à Nouméa. Maintenant, c’est plutôt eux qui viennent… et rarement seuls ! Ce week-end, ils vont débarquer à une dizaine… Va falloir que j’aille pêcher ! J’espère juste que le temps ne va pas tourner à la pluie comme au début de la semaine. »
Car si rien ne semble perturber Denise, seule la météo peut gâcher quelque peu son quotidien. « L’an dernier, c’est vrai, j’ai eu peur lors de la saison des typhons. Y’en a un qui a été particulièrement fort. Et l’océan est monté jusque là haut », dit-elle en montant du doigt le bas de sa maison. « Ça a emporté un bon paquet de sable… Mais bon, c’est la nature… »
Aujourd’hui, la plage s’est peu ou prou reconstituée et le Pacifique porte bien son nom. « C’est pas beau quand c’est comme ça, avec juste de petites vagues ? », se lance-t-elle à elle-même. Avant de tourner les talons après un salut assorti d’un grand sourire. « C’est pas tout ça, mais mes coquillages, ils sont toujours pas lavés. Et là, ça va vraiment sentir ! »

« ¡Si no lavo las conchas, van a oler de verdad! Denise, la llamaremos Denise, camina rápido por la playa, con su cubo lleno de caracoles nacarados en la mano. « Los atrapé hace dos días. Cocinados al gratén, ¡no te digo lo buenos que están! « 
 La visión parece un poco fuera de lugar: una señora de setenta años, con ojos cuidadosamente maquillados y cabello bien cepillado, se para frente a su casa, perdida en un pedazo de playa en Poingam, al final del mundo, justo al norte de la Grande Terre. « Tenía todo planeado para mi jubilación », dice ella con su acento de Languedoc que arrastra la ‘r’. « Pensaba pasar la mitad del año en la casa que había reparado junto a Agde, y el resto del tiempo en Marruecos, que he frecuentado durante años. Y va mi hijo y me anuncia que lo trasladan aquí. Y que le gustaría que me uniera a él para cuidar a los nietos. « 
Desde luego, dejar su casita fue doloroso para ella, especialmente por que la había heredado de su tío. Había decidido convertirla en su única heredera ya que era la única de la familia con quien todavía tenía vínculos. ¡Todos le habían dado la espalda desde que decidió casarse, qué escándalo, con una ex prostituta que le había comprado a su chulo! Dejar su casa fue difícil. Pero cruzar los 15000 kilómetros sin tener una fecha de regreso tampoco fue plato de buen gusto …
 « Y luego pensé que debía venir, al menos para probar ». Fue hace más de quince años. Y hoy, Denise no lamenta su decisión. « Al principio vivía en Nouméa. Pero era la gran ciudad. Tan pronto como pude, escapé para vivir aquí. Aquí, es un punto de arena, con unos pocos vecinos (una docena en total en un triángulo de tierra de 4 km2), con la casa flanqueada por un bungalow cubierto de hojas de palma. Y, como terraza, una playa virgen con vistas al turquesa del Océano Pacífico. Una piscina infinita en formato XXXXL.
 « ¿Si estoy aburrida aquí? No, en lo mas mínimo. ¡Siempre hay cosas que hacer! » Y Denise pasa a explicarnos que le encanta pescar, caminar, hacer jardinería, pasear con sus dos perros … « Finalmente, siempre tengo una docena a mi alrededor: doy comida a los de los vecinos, así que les gusta quedarse conmigo! Una vida salpicada por el sol, las mareas y los intercambios con la gente que la rodea: « nos ayudamos mutuamente y constantemente, de lo contrario, la vida es complicada aquí. » Muy organizados, decidieron cultivar diferentes verduras en el jardín, para intercambiarlas. « Yo planto calabazas, y además tengo mangos y muchas otras frutas. El vecino, que tiene más agua que yo, planta tomates. Ayer también me dio coles. Bueno, eso no me gusta, le recordé, ¡pero cocinamos lo que tenemos! Entonces, creo que voy a comer col durante una semana … « 
 Lo mismo para las proteínas: a Denise le encanta pescar. « Hace tres días, en la red, ¡recogí tres peces grandes y cangrejos enormes! » dice con los ojos llenos de orgullo. Y cuando tiene demasiados, ofrece una buena parte a otro granjero vecino que, a cambio, le devuelve un entrecot o un buen pollo.
 En su trozo del paraíso, Denise no conoce la soledad. Además de los vecinos con quienes comparte juegos de cartas dos veces a la semana, (« nos vamos a la cama a las dos de la mañana … no es un problema: al día siguiente, ¡no tenemos mucho que hacer! »), tiene visitas frecuentes de sus nietos. « Antes, solía ir a verlos a Nouméa. Ahora, las cosas han dado la vuelta y vienen ellos … ¡y rara vez solos! Este fin de semana, aterrizarán con una docena de amigos … Tendré que ir a pescar! Solo espero que el clima no empeore con lluvia como a principios de semana. « 
 Porque si nada parece molestar a Denise, solo el clima puede estropear su vida diaria. « El año pasado, es cierto, tuve miedo durante la temporada de tifones. Hay uno que ha sido particularmente fuerte. Y el océano ha subido allí « , dice, señalando el fondo de su casa. « Me quitó mucha arena … pero, bueno, es la naturaleza … »
 Hoy, la playa ha sido reconstituida y el Pacífico hace honor a su nombre. « ¿No es agradable cuando es así, con olas pequeñas? « Se dice a sí misma, antes de darse la vuelta saludando con una gran sonrisa. « Bueno os dejo que mis conchas, todavía no están lavadas. ¡Y sinó olerán rápidamente! « 

laurent&jose
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